3 jours à Brocéliande


Ce stage en forêt de Brocéliande fut un pur moment de bonheur.
La Bretagne est un pays enchanteur ou les légendes se succèdent dans un incroyable melting pot et se rencontrent sans parfois s'accorder.

Ici tout n'est que fées, enchanteurs, bardes et korrigans, vouivres et licornes...

Partout, dans chaque façade, sur chaque livre et dans la moindre carte postale, les illustrations des petits êtres magiques rivalisent de qualité
et d'imagination dans un douce mélodie qui nous transporte en d'autres temps.

Ce stage de ressourcement en forêt de Brocéliande nous a offert de savoureuses soirées remplies de belles images d'antan.
Nous en avons pris plein les oreilles et les yeux en écoutant bardes et conteurs nous narrer les légendes locales accompagnés de moultes
improbables instruments tout droit sortis d'un majestueux livre d'images.

En journée, nous avons parcouru cet immense territoire accompagné d'un de ces druides garants
d'une sagesse ancestrale nous ouvrant l'accès à la forêt secrète, celle qui sort des sentiers battus pour mieux nous laisser
rencontrer les habitants des sous bois.

Même si j'y allais pour rencontrer les arbres, cette forêt abrite bien des lieux magiques où l'énergie toujours présente
peut parfois tourner la tête, comme dans ce lieu dit du "jardin aux moines" ou bien des choses terribles et meurtrières ont dû avoir lieu.
J'avais beaucoup de mal à rester dans le carré central, c'en était douloureux.

Parfois les hommes avaient élevé un tombeau en y plaçant des menhirs, bien étrange façon de faire plutôt irrespectueuse envers ces monolithes sacrés...

Heureusement la forêt était là, nous accueillant parfois sous la forme d'un arbre dont les troncs écartés semblaient nous ouvrir la voie par un joli signe en forme de cœur...

Cette nature préservée pourrait être prise pour un décor de cinéma, tant certains arbres ont carrément l'air de sortir d'un remake hollywoodien de la légende arthurienne.

Les légendes aiment à mettre en scènes des chevaliers perdus ou des dragons couchés, pétrifiés pour l'éternité pour garder ces lieux magiques,
ce qui offre à nos yeux de nombreuses roches anoblies par les récits du passé.

De jolis cours d'eau serpentent dans les bois, transportant sur des kilomètres les précieuses eaux des fontaines porteuses
de tant de vertus magnifiées par les sorciers d'antan.

Et ces arbres... oh, ces arbres, comme ils doivent en avoir à raconter à celui qui sait écouter, comme ils ont dû en voir passer
de ces preux chevaliers en quête d'une victoire à ramener à leur seigneur...

Parfois, si l'on sait entendre le murmure de l'âme des feuilles, si on a suffisamment d'humilité pour écouter la voix des géants,
alors on a droit à un cadeau, on vous laisse voir des choses invisibles à d'autres, on tourne votre regard vers d’improbables directions
où s'illuminent soudain des portes jusque là invisibles vers d'autres dimensions... vers une autre forêt.

On s'arrête aussi pour quelque méditation au cœur de la beauté. Et là, avec le doux bruit d'un ruisseau qui résonne en écho
à tout ces chants d'oiseaux, recouverts d'un dôme de verdure sous le chapiteau d'un houx sacré, j'ai demandé à l'arbre de me montrer un
habitant de la forêt, de me laisser voir l'invisible, ne serait ce que l'espace d'un instant.

"D'accord" m'a dit le Houx, "tu peux ouvrir les yeux".
Mais où dois je regarder me demandais-je alors, un peu surpris de voir mon vœu être si vite accordé...
"sur ta droite me répondit l'arbre, juste sur ta droite".

Et là, sur ma cuisse droite, un être s'était posé.

"Mais ce n'est qu'un insecte" rétorquais-je offusqué, je voulais voir un elfe, une fée ou un faune, un habitant des bois !"

"Tu me l'a demandé, je te l'ai accordé. C'est un habitant de cette forêt et tu peux lui parler".

J'ai demandé à mon petit invité comment il se nommait, il m'a dit "Romulus". "Comme dans la Rome antique, Romulus et Rémus ?" lui demandais je.
"Non, comme moi" me répondit il sèchement dans une implacable logique qui n'appelait pas de commentaire.

Vous le croirez ou non, ce petit insecte est resté sur ma jambe pendant toute la méditation.
Il ne m'a quitté que quand nous avons décidé de lever le camp, sans même que j'ai eu à bouger. Il a juste disparu.
Je ne l'ai pas vu partir !

Enfin il y eut cet arbre, ce Hêtre incroyable, à l'orée d'une lisière qu'il dominait de sa splendeur, un géant de verdure majestueux et superbe,
qui se tenait fièrement malgré une folie humaine qui venait de ravager les alentours de son habitat, sans doute pour le dégager afin de le laisser mieux voir.
Une grande tristesse émanait de ce sublime gardien, mélangée d'une grande force qui promettait de nombreux siècles de veille à cette
gravure vivante de contes du moyen âge.