Un vieux Monsieur plein de sagesse


Au détour d'un village, un peu à l'écart des sentiers touristiques se dresse le chêne Guillotin.

Il semble tout droit sorti d'un dessin animé ce noble vieillard bienveillant.
On ne l'approche pas n'importe comment si l'on souhaite qu'il vous parle.
Il faut le respecter, prendre son temps, pénétrer l'un après l'autre ses
cercles d'énergie, en demandant à chaque fois la permission d'aller plus loin...

Une fois devant ce sage, on se sent tout petit. On lui prête plus de 1000 ans.
Son tronc est creux, mais il a encore de verts feuillages qui semblent rire au nez
des incroyants, démontrant la vigueur d'une nature généreuse qui en a vu passer
des vils et des manants, des gens en armes et de belles demoiselles.

La légende dit qu'au creux de son tronc se sont un jour cachés dix hommes
pourchassés par l'armée adverse. Une araignée aurait alors tissé sa toile sur
l'entrée, laissant croire aux poursuivants que personne n'avait franchi l'ouverture
fermée depuis déjà longtemps.

Elle est étroite cette ouverture, et seuls les plus souples ou les plus menus parviendront à s'y glisser au prix de certaines contorsions.

A l'intérieur, une cathédrale...

Des traces de son passé glorieux aux signes ravageurs du temps, on se croirait
dans une de ces grottes secrètes nimbées de la lumière originelle des premiers
jours des premiers temps... Il semble tapissé de stalagmites, de tuyaux d'orgue
millénaires qui pointent vers un sommet ajouré où le soleil joue avec les
méandres de cette conscience vénérable.

Alors on sort du temps l'espace d'un instant, on se colle à l'écorce du vieux sage
pour lui poser des questions. Il peut être bavard quand on en a l'audace, il peut
vous asséner des vérités dantesques ou se contenter de quelques paroles simples...
Il m'en a dit des choses, des phrases d'une beauté et d'une profondeur que j'en
ai regretté de n'avoir point apporté de quoi les noter sur l'instant.
Ça sonnait comme un conte ou une chanson d'antan, des choses sur le temps
ou la valeur d'un sourire. Quelque chose du style :

"Sachez voir davantage que l'écorce des choses, une grande éternité réside en chaque instant.
Vous n'êtes pas différents de ce qui vous entoure, le temps saura laisser en chacun son présent..."

Je lui ai dit que même si c'était beau et sage, c'était trop compliqué pour que je
m'en souvienne. Avait-il plus facile, plus simple à nous transmettre ?

"Mais tais toi !" me dit il de sa profonde voix.

Appuyé le front sur l'écorce épaisse, je riais dans mon coin de me voir ainsi remettre à ma place...

"Vois, scrute mon écorce, tu y verras des choses".
Et j'ai pris des photos de toutes ces merveilles. Je lui ai quand même demandé
si il avait un message à donner à cette humanité, quelque chose de court
que je pourrai transmettre. Je vous le donne tel quel, comme il me l'a dicté,
ce vieux monsieur si sage qu'on devra respecter :


"Agis, Aime, Donne. Mais Aime toi d'abord.
C'est en t'aimant toi même que tu pourras aimer les autres."